Cette deuxième version du Festival du Livre qui, pour la première fois avait investi ce week-end le Bastion de France, a changé d’envergure avec un plateau d’auteurs de très haut niveau, une fréquentation en très nette hausse, et la tenue de tables rondes qui ont connu un très belle fréquentation
Le rideau est tombé dimanche en milieu de journée sur Piazz’à U Libru version 2025 porté pà a Cità di Portivechju avec le soutien de la Librairie Le Verbe du Soleil. Une nouvelle mouture qui malgré une météo humide samedi après-midi a connu un évident succès dans tous les domaines. Dès samedi matin le ton était donné lors de l’inauguration officielle en présence de l’adjointe à la Culture, Dumenica Verdoni qui rappelait l’importance d’une telle manifestation. Une ouverture qui a permis, dans le même temps, de découvrir pour ceux qui ne l’avaient pas encore fait, l’exposition Nozze, présentée par Sébastien Quenot maître de conférences à l’Università di Corsica Pasquale Paoli, qui sera visible jusqu’au dimanche 8 juin.

Dès lors les temps forts allaient se multiplier avec des tables de grande qualité qui ont jalonné la journée de samedi et la matinée de dimanche. Mais au-delà de celles-ci, cette édition 2025 de Piazz’à U Libru aura consacré la grande diversité des genres et la grande qualité de ce rendez-vous littéraire. Rare, en effet, doivent être les salons où l’on peut retrouver côte à côte, l’Académicien Andreï Makine, et Patrice Franceschi auteurs confirmés par excellence, de jeunes écrivains comme le déjà très reconnu Matteo Porru venu de la toute proche Sardaigne, ou bien encore Alessia Castellini, Joris Giovannetti, la classe montante de Grasset Marie Chiabrero et Emilie Guillaumin, sans oublier Pierre-Joseph Ferrali qui vient de publier chez Òmara le très prometteur Serment des apothicaires. Une liste que l’on pourrait encore égrener avec un évident plaisir tant cette version 2025 a été placée sous le signe de rencontres marquantes.
C’est sans doute là, aussi, que se situe la force de Piazz’à U Libru ce moment d’échanges privilégiés entre les auteurs, les éditeurs et bien entendu le public qui a répondu présent.
Un ultime regard croisé
Les rencontres ont été nombreuses lors de ce week-end et celles avec Joris Giovannetti, auteur de son premier roman Ceux que la nuit choisit, et Matteo Porru écrivain sarde déjà classé, à 24 ans, parmi les futurs grands à l’échelle internationale, en font partie.

Pour le premier nommé la Corse est inspirante, mais le fait d’écrire sur cette terre doit se faire avec de nouvelles perspectives; » Elle est inspirante dans la mesure où elle incarne ce que l’on vit et aussi ce que l’on aimerait vivre c’est à dire la vie que l’on mène, celle que l’on veut mener et celle que l’on trouve dans les livres. La Corse est porteuse d’immenses contradictions, elle a une sociologie qui n’est pas ordinaire, elle permet le croisement de beaucoup de thématiques, de beaucoup de classes sociales que l’on ne trouve pas dans d’autres milieux. Je cherche à avoir un regard qui soit vrai. On a largement de quoi écrire sur la Corse. On peut le faire avec de nouvelles perspectives sans parler forcément de la Mafia, du nationalisme, en évoquant des vies ordinaires car nous sommes quand même nombreux à vivre des vies ordinaires. Les gens font ce qu’ils veulent du livre. S’ils souhaitent mettre une étiquette ce n’est pas bien grave, ce n’est pas une insulte. Il faut sortir du cadre, même si à mon goût je ne le fais pas assez souvent cela permet d’avoir un recul réflexif. C’est très dur d’écrire sur ce que l’on vit si on ne peut pas avoir un minimum de recul. C’est un exercice sociologique assez étrange que l’écriture à partir d’un lieu, où il faut, à la fois, avoir la réflexivité du sociologue et le côté phénoménologique de celui qui est ancré dans sa propre vie ».
Matteo Porru: « j’essaie de comprendre ce qui régit le Monde »
Faisant donc partie de ces très jeunes écrivains promis à un avenir littéraire certain, le Sarde Mattéo Porru vit cette notoriété avec beaucoup de recul : » Une fois que l’on a dit cela de vous, il faut savoir ce qu’on en fait et surtout de ne pas avoir d’attentes surdimensionnés pour vous mais aussi par rapport au regard des autres. Quand le journal La Repubblica avait sorti ce classement j’avoue être resté un peu interdit avec même un peu de peur J’avais 19 ans quand je l’ai vu, mais pour moi l’essentiel est de continuer tout en demeurant fidèle à moi-même ce qui est la chose sans doute la plus importante, à savoir ce que je voulais faire quand j’étais petit, ce rêve de raconter des histoires ».

Vivant à Cagliari, né à Rome d’une mère Vénitienne avec des étapes de vie à Rome, Venise, Cagliari, Londres, Milan, ayant tourné l’Europe, Matteo Porru tente de comprendre le Monde qui l’entoure: « C’est très important de rencontrer des personnes très différentes car c’est une véritable richesse. Cela me permet aussi de m’ouvrir à tout ce que je vis et d’éprouver un certain émerveillement. Cela s’exprime en essayant de comprendre ce qui régit le Monde, car avant d’être un auteur je suis d’abord un observateur. Je regarde les gens, les géométries qui les définissent. Il me plaît de voyager dans ce monde-là ».
Matteo Porru qui se définit lui-même comme un auteur sarde atypique: « De nombreux auteurs sardes écrivent sur la Sardaigne, mais pour ma part je suis un écrivain sarde un peu atypique car en fait je n’ai jamais réellement écrit sur la Sardaigne. Nul n’est prophète dans son pays, et la Sardaigne est un très beau pays qui a beaucoup de contradictions très belles à raconter mais je ne suis pas sûr que les Sardes veulent entendre raconter ces contradictions »