Piazz’à u libru – Andreï Makine : « Prisonnier du rêve écarlate est aussi un roman d’amour »

Écrivain russe naturalisé français en 1996, membre depuis 2016 de l’Académie Française, Andreï Makine, Prix Goncourt en 1995 pour Le Testament Français, a débuté sa carrière en 1990 avec La Fille d’un héros de l’Union Soviétique. Celui qui a également publié sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde, est l’invité de marque de cette deuxième édition de Piazz’à u Libru.

Depuis 35 ans il accumule les prix et les distinctions. Son dernier livre Prisonnier du rêve écarlate, paru chez Grasset, nous plonge dans un monde dur, celui du Goulag sous Staline.  Rencontre avec Andreï Makine qui nous parle de son dernier roman. Un auteur qui prône le réveil des consciences.

Andreï Makine présentera son dernier ouvrage paru chez Grasset

1939, Lucien Baert ouvrier, fils d’ouvrier, pétri de Marxisme se rend à Moscou. Ce voyage au pays des Soviets va vite tourner au cauchemar. Accusé d’espionnage, il est condamné au Goulag. Commence un parcours digne de Guerre et Paix. Andreï Makine a décrypté le personnage central de ce livre qui retrace un demi-siècle d’histoire de l’Union Soviétique dans ses heures les plus sombres:  »
« Lucien Baert est un personnage dramatique qu’il convient de situer dans l’espace et le temps. Il est originaire du Nord de la France, de Douai région industrielle, il est ouvrier fils d’ouvrier. Il naît en 1918 et à cette période qui va voir s’achever la première guerre mondiale que voit on dans les rues des gueules cassées, des gens broyés par la guerre, par ce premier grand massacre moderne et le regard de Lucien se tourne vers l’Est où les dirigeants d’un pays ont proclamé la paix en 1917 en affirmant que les ouvriers de tous les pays ne devaient pas se faire la guerre au profit des oligarchies. Lucien Baert grandit là-dedans et le Marxisme le rend lucide. Dans ce qu’il voit tout n’est pas utopie en URSS il n’y a pas la menace du chômage, la médecine et l’accès à l’éducation sont gratuits, les femmes sont plus indépendantes qu’en France et votent dès 1918 et ont même la possibilité de devenir ministre. Contrairement à ce que l’on peut penser Lucien n’est pas un nigaud loin de là. »

Même s’il est un livre qui retrace des moments très durs avec des vies brisées Prisonnier du rêve écarlate fait aussi la part belle à une résilience certaine ainsi qu’à l’amour :
« C’est aussi un roman d’amour dans un monde très dur et Daria incarne cela. Elle fait partie de ces femmes russes courageuses, qui souvent ont eu aussi des vies brisées et qui ont recueilli des hommes venus se réfugier en URSS pour fuir le fascisme et qui ont fini au Goulag d’où ils sont sortis sans identité. Dans ce livre, Lucien et Daria vont se relever mutuellement. En quelque sorte, ils ont découvert leur idéal communiste en faisant preuve de fraternité et d’amour dans un dépouillement total où l’entraide remplace toutes les richesses. Daria et Lucien nous donnent à réfléchir sur nous-mêmes et sur ce que nous voulons dans ce monde. Comment se relever après un désastre existentiel aussi important. D’ailleurs beaucoup de lecteurs m’ont avoué s’être identifiés à ces deux personnages »

Doublement étranger

En 1967, Lucien Baert est de retour en France et là aussi le choc des mondes est saisissant: « Quand il revient en France après pratiquement 30 années passées en URSS, il est plus Russe que les Russes grâce à Daria. En URSS c’était un étranger mais en France à son retour c’est aussi un étranger car il découvre une société confortable qui au début le séduit et l’éblouit mais rapidement derrière toutes les apparences il découvre le véritable visage de cette société à savoir sa superficialité ».

« L’homme qui est animé d’un grand idéal est au bout du compte indestructible »

Un livre qui nous interroge, également, sur cette course effrénée au confort, au consumérisme et surtout à l’oubli de l’autre dans une quête sans fin de l’ego: « Notre monde est un monde en phase terminale, un monde de prédations qui est en train de s’auto-détruire et je crois qu’aujourd’hui dans un contexte où le confort tient lieu de liberté nous avons besoin d’un idéal pour vivre avec un changement radical de nos mentalités La fin du livre délivre un message d’espoir à savoir que l’homme qui est animé d’un grand idéal est au bout du compte indestructible »

Sans prendre de raccourcis scabreux dans cette opposition des mondes décrite dans ce livre entre cette violence des camps et les faux -semblants de l’occident ne retrouve-t-on pas une certaine similitude avec cette facilité à rendre aujourd’hui les tyrans fréquentables : « Dans un monde de plus en plus égoïste, individualiste et prédateur, les intellectuels ont leur part de responsabilité . Il convient de retrouver le chemin d’une communauté fraternelle pour éviter le pire ».

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