L’auteur sarde incarne à lui-seul cette nouvelle vague du polar italien. Ses livres sont des best-sellers internationaux. Des ouvrages où l’intrigue policière est accompagnée d’une analyse sociétale à l’image de son dernier roman La Mariée Silencieuse.
Rencontre avec un des écrivains phares de cette troisième édition de Piazz’à u libru. Un auteur particulier qui revendique sa culture sarde à plus d’un titre.
Piergiorgo Pulixi comment vous est venue cette passion pour le polar ?
Je crois que chaque auteur opère toujours une œuvre de restitution. Il n’existe pas un auteur qui ne soit dans le même temps un grand lecteur, un grand amoureux des livres. Pour ma part j’ai toujours été un grand lecteur de polars inspirés du roman noir français. C’est ma passion. Quand je suis rentré dans le cours d’un grand auteur italien Massimo Carlotto, qui a porté en Italie le polar noir méditerranéen à la Jean-Claude Izzo, cela m’a permis d’écrire en combinant les intrigues avec l’analyse sociale. J’ai saisi tout le potentiel de ce genre littéraire avec bien entendu la capacité de raconter une belle intrigue pour tenir le lecteur en haleine mais aussi raconter la réalité de la société, ainsi que l’histoire plus niée, plus oubliée. Les histoires que les journaux et les télévisions par conflit d’intérêt ne veulent pas raconter
Vous êtes en quelque sorte un témoin de votre temps en évoquant certaines faces cachées pas forcément très valorisantes ?
Non seulement la face la moins ragoutante de la société, mais aussi celle de ceux qui sont oubliés comme l’ont fait certains auteurs très attentifs comme Simenon qui ont raconté les maudits de la société, les petites gens. Car aujourd’hui notre société est de plus en contrastée avec des riches qui sont toujours plus riches et une frange de plus en plus pauvre avec des écarts qui se creusent
Dans le même temps vous êtes un auteur profondément sarde qui évoque sa terre avec passion ?
La Sardaigne est une terre dont on se rappelle uniquement le temps des vacances pour aller à la plage. Pour le reste elle fait preuve d’un certain oubli de la part de l’Etat et cela est bien triste. Car dans la réalité la Sardaigne pourrait être un laboratoire de démocratie et de progressisme alors qu’à l’inverse elle est considérée comme à la périphérie de l’Empire car l’Etat central est très focalisé sur deux ou trois villes, Milan, Rome et Florence et oublie un peu le reste.

Cela me plait beaucoup de confronter la mentalité d’un vieux paysan sarde d’un autre temps habitué à la sagesse de la terre et de la nature qui se trouve pris dans une autre réalité celle d’une ville en l’occurrence Milan mais cela pourrait être Paris ou bien Barcelone cela ne changerait rien, dans un monde avec des règles différentes sans solidarité, sans aucune attention vers son prochain. Il me plait beaucoup de raconter la vie de cet homme de 80 ans qui a d’autres règles morales, une véritable résilience, un vrai respect. C’est aussi raconter des différences culturelles.
Piergiorgo Pulixi et la Corse
Je connais la Corse j’y suis venu à plusieurs reprises que ce soit à titre personnel ou pour participer à un festival à Bastia. Je trouve beaucoup de similitudes entre la Sardaigne et la Corse. Je suis tombé amoureux de cette terre. Je pense que ces deux terres jouent sur certains clichés qui font aussi plaisir aux Etats.
Comment expliquez-vous votre succès international ?
J’essaie d’utiliser un alphabet universel qui est celui de l’émotion. De manière évidente je ne m’explique pas ce succès dans le monde de la Francophonie
Piergiorgo Pulixi si on dit de vous que vous êtes le nouveau Andrea Camilleri ?
Cela est un honneur, mais aussi cela me fait trembler par la peur de cette responsabilité. Camilleri est un grand auteur qui a rendu noble ce genre littéraire du polar. Il a littéralement fait une révolution. Il a donné une audience internationale au polar sans jamais trahir ses origines culturelles.