Ce vendredi 14 février est à marquer d’une pierre blanche pour la Ville de Portivechju avec l’inauguration, en milieu de journée, de l’école maternelle de Pifanu. Cela faisait plus de trente ans qu’un établissement scolaire n’avait plus été inauguré au niveau communal.
Cette cérémonie, s’est déroulée en présence du maire Jean-Christophe Angelini, du Recteur de l’Académie de Corse Rémi-François Paolini, du sous-préfet de Sartène Anthony Barraco, du député de la Corse du Sud, Paul-André Colombani, de nombreux membres du Conseil Municipal, des maires de Bunifazziu et Zonza, Jean-Charles Orsucci et Nicolas Cucchi, du DASEN, Dominique Poggioli, de l’IEN Marie-Antoinette Nesi-Casabianca.

Une assistance nombreuse, au sein de laquelle on notait les présences d’anciens directeurs des écoles de la Commune, du cabinet Orma Architettura, des entreprises ayant participé à la réalisation de cette école ainsi que des DGA et DGS, et agents de la Commune et de la Communauté de Communes.
Jean-Christophe Angelini: « Faire en sorte que la société portovecchiaise continue à faire sens »
De nombreuses prises de paroles ont ponctué ce moment solennel avec tout d’abord la conseillère en charge des écoles Nathalie Maisetti, suivie de l’adjointe à la culture, Dumenica Verdoni qui rappelaient combien cette école, ancrée dans son environnement, n’était pas un simple geste architectural mais un véritable lieu de vie et un lien au coeur de ce quartier Pifanu en pleine mutation. Jean-Mathieu de Lipowski pour le cabinet Orma Architettura évoquait les paris relevés lors de la conception et la réalisation de cette école. Paul-André Colombani, prenait à son tour la parole, avant que le maire, dans son propos, qui précédait ceux du sous-préfet Anthony Barraco et du Recteur Rémi-François Paolini, tenait à affirmer les valeurs essentielles attachées à l’inauguration de cette école: » Ce bâtiment magnifique, au cœur d’un quartier auquel nous tenons beaucoup, vient dire notre ambition pour Portivechju pour que chacun d’entre nous quels que soit sa catégorie sociale ou professionnelle, son lieu de naissance, son niveau d’éducation puisse bénéficier des mêmes chances.

Nous devons en ces temps troublés, travailler à faire reculer, l’intolérance, l’ignorance, travailler à faire reculer l’oubli qui souvent nous porte, dans des moments charnières, à méconnaître ce que l’histoire nous enseigne. Cette école de Pifanu, au cœur d’un quartier qui a connu plus de trente ans d’abandon et vit aujourd’hui des changements majeurs dans son cadre de vie, est la promesse d’un avenir radieux, de lendemains qui chantent et d’un espoir partagé. Nous faisons cela pour nos enfants et pour que cette société portovecchiaise continue à faire sens ».
Visite et moment de convivialité
Au terme de ces différentes interventions, les participants ont pu effectuer une visite de l’école, bien entendu des classes mais aussi de la cour intérieure et du toit terrasse, avant de se retrouver sur le parvis de l’école pour un moment de convivialité.
Les chiffres clés
8,5 M€ : le coût total de l’opération pour la réalisation de l’école, du City Stade ainsi que de la future maison de quartier
3,1M€ : d’aménagements extérieurs du pilier de cadre de vie dans le cadre du PRIR (accessibilité, aménagements paysagers, création d’un jardin partagé..)
10M€ : d’investissements des travaux OPH CAPA (rénovation énergétique des bâtiments)
Le credo identitaire d’Orma Architettura
Le cabinet Orma Architettura a été retenu pour le projet de l’école de Pifanu. Au-delà du seul aspect technique, Orma place l’identité d’un territoire au cœur de ses réflexions en s’inspirant de son patrimoine pour ses créations
Créé en 2016, Orma Architettura, c’est d’abord l’histoire d’une amitié construite lors d’études menées à Marseille qui ont conduit, Alicia Orsini, Jean-Mathieu De Lipowski, Michel De Rocca-Serra et François Tramoni, à travailler de concert en partageant une vision commune de l’architecture, résolument moderne puisant son inspiration dans l’histoire des territoires, faisant, ainsi, le lien entre le passé et le présent.
Une vision qui trouve son incarnation à Portivechju avec la toute nouvelle école maternelle de Pifanu pour laquelle Jean-Mathieu de Lipowski a livré l’essence même de la réflexion qui a mené à la concrétisation de ce projet.

Quel a été le fil rouge de ce projet de l’école maternelle de Pifanu ?
Jean-Mathieu de Lipowski : Sans nul doute l’identité de ce quartier, au travers de laquelle nous avons voulu retrouver l’identité portovecchiaise dans la manière de vivre et d’habiter les lieux et les espaces extérieurs dans la mesure où ce n’est pas seulement une école, c’est un quartier qui a été retravaillé. Nous avons cherché à concevoir une école qui s’insérait de la meilleure des manières dans ce tissu en préservant les masses végétales que les habitants de Pifanu appréciaient naturellement et en donnant des directions urbaines au bâtiment et aux façades qui permettent de créer différents espaces extérieurs, une place en partie basse au centre du quartier à la rencontre du Stagnu, de Pifanu, des nouvelles opérations de logement avec cette sensation de cœur de village. Cette place nous l’avons d’ailleurs travaillé en pierre de granit pour retrouver, justement, l’ambiance des places de village, de l’ombre avec des arbres, des bancs et ensuite une école qui s’insère le mieux possible dans son environnement mais qui remet vraiment l’humain au centre de tout
Une école, aussi, dont la structure rappelle Portivechju ?
Cette question d’identité nous l’avons transcrit en nous inspirant des éléments forts du paysage portovecchiais, des bastions, notamment, pour la concevoir. D’ailleurs on voit, quand on se promène dans cette école, qu’il y a des grands arrondis massifs qui font échos aux différents bastions et dans la matière même des bétons choisis, il y a aussi, un hommage à la structure en porphyre rose des bastions
Un bâtiment qui fait, dans le même temps, la part belle à l’économie locale, notamment à la filière bois ?
Ce point fort du projet a été rendu possible grâce à l’implication du maître d’ouvrage à savoir la Commune de Portivechju. Ce n’était pas évident au départ car cela faisait plus de cinquante ans qu’il n’y avait pas eu un pin lariciu prélevé dans la forêt di U Spidali pour du bois d’œuvre. Nous avons réussi à organiser, avec la Commune et la CDC, une coupe à cheval entre la forêt communale et celle domaniale. On a prélevé ces arbres qui ont été mis à disposition des entreprises de charpente et de scierie qui l’ont pris en charge et ont réalisé tous les produits du bâtiment qui sont en bois, à commencer par les charpentes. Il y a une sorte de pédagogie qui émane de cette école. Les enfants vont pouvoir apprécier la charpente bois, la structure même de l’école qui émane des forêts voisines. C’est important pour nous. Au total, c’est quasiment un tiers du gros œuvre qui a été constitué de ces charpentes et de ces éléments en bois. Cela permet d’éviter des matières de construction plus polluantes.

Cette école a, donc, un rapport au vivant ?
On a placé l’enfant au centre de cette école avec des espaces qui sont pensés à son échelle et qui vont lui permettre de grandir, d’acquérir de l’autonomie, avec des toitures accessibles où pourront être implantés des jardins. Un rapport au vivant pour l’utilisation de matériaux locaux, vivant aussi par l’espace de la cour d’école pour laquelle nous avons conservé l’ensemble de la biodiversité existante, des chênes, des oliviers. Cela va être un terrain de jeu pour les enfants. C’est révolutionnaire car aujourd’hui dans les cours d’école on trouve du bêton, de l’enrobé. On revient, par conséquent à ce qui se faisait avant avec la nature qui nous sert à amener de l’ombre et du jeu pour les enfants. Du vivant, encore, car les toitures sont plantées pour offrir au quartier et aux immeubles voisins une vue qui se rapproche de la prairie qu’il y avait avant.
C’est plus que jamais une école de 2025 et surtout d’après ?
Nous remettons juste au goût du jour des choses de bon sens que nos anciens faisaient avant, avec des cours en terre ombragées naturellement où la végétation permet de répondre à des enjeux de 2025 et d’après car sur les façades les plus exposés elle nous sert à apporter de l’ombre et à éviter la surchauffe. Cela est couplé à des dispositifs techniques de dernière génération car l’école est équipée d’un plancher chauffant et rafraîchissant avec une pompe à chaleur très performante et une ventilation renforcée qui permet d’éviter d’avoir de la climatisation pour la rafraîchir car on sait que pour les petits enfants ce n’est pas idéal