Piazz’à u filmu – Louis Clichy : « Il y a une émotion qui est puissante »

Présenté en avant-première lors de cette édition initiale de Piazz’à U Filmu, avec les enfants des écoles primaires de la Commune qui en ont eu la primeur hier après-midi, le premier long métrage de Louis Clichy, Le Corset, était également à l’affiche de la soirée d’ouverture.

Après avoir travaillé chez Pixar, sur Wall-E et Là-Haut, et coréalisé deux adaptations d’Astérix, Le Domaine des Dieux et le Secret de la Potion Magique, en compagnie d’Alexandre Astier, Louis Clichy signe donc son premier long métrage. Un film d’animation en 2D, vraiment très personnel car inspiré directement de son enfance dans le milieu rural.

Ce film, qui sortira en salle le 14 octobre, a été récompensé à Cannes par le Prix Spécial du Jury, mais également à trois reprises lors du festival d’Annecy dédié au film d’animation.

Un film, plus traditionnel, très personnel car inspiré du milieu agricole dans la plaine de la Beauce dont il est issu, mais aussi au niveau de Christophe le personnage central, à qui le fils de Louis Clichy, Gary prête sa voix.

Un long métrage, qui a été jusqu’au dernier moment dans la sélection française pour les Oscars, ciselé avec des personnages dessinés à l’encre de Chine et des décors à l’aquarelle qui a demandé trois années de travail.

Louis Clichy, ce film c’est un peu votre histoire ?

C’est tiré d’éléments de ma vie d’enfance parce qu’effectivement il relate l’histoire de ce garçon qui porte un corset dans un milieu rural et qui est un peu mis à l’écart. Il va tenter de se débrouiller comme il peut pour exister.  Moi j’ai un peu connu cela mais pas tout à fait. Ce qui est proche de mon histoire c’est que je viens du milieu rural dans les années 80 et 90 et effectivement j’ai porté un corset mais j’étais déjà dans un milieu urbain. Ce qui m’a plu c’est de parler de cette région agricole qu’est la Beauce qui est tout le contraire de la Corse, et qui n’a pas vraiment de place au cinéma

C’est aussi un film pluriel, très riche et qui d’un point de vue du dessin est stupéfiant ?

J’ai repris une façon d’animer que j’avais déjà étudié avant de partir aux Etats-Unis chez Pixar, j’avais déjà utilisé le pinceau encre de Chine et cela m’avait plu. Quand j’ai travaillé sur Le Corset je me suis dit pourquoi ne pas aller vers ça.

Quand on est sélectionné au Festival de Cannes n’y a-t-il pas une part de crainte ?

Non, j’ai été très content d’y être et je ne pensais pas l’ouverture aussi grande du Festival sur le film d’animation. Surtout le truc sympa c’est quand on nous a rappelé, parce que nous étions partis travailler sur autre chose, pour nous dire que l’on allait devoir revenir car on pouvait avoir un prix. J’étais très fier et très content pour l’ensemble de l’équipe.

 Le Corset c’est un vent de liberté ?

Je suis quelqu’un de persévérant j’ai tenté les Gobelins cinq fois. Je me suis vraiment éclaté dans mon boulot. Le Corset c’est la première fois ou j’initie ce projet et donc cela m’a plu de changer de manière de travailler et de revenir à quelque chose de plus humble car c’est un tout petit budget et surtout d’avoir une liberté totale

Plus de 300 scolaires Porto-Vecchiais ont assisté à la projection

C’est important d’accompagner le film comme ici à Portivechju ?

Bien entendu, il est important de commencer à lui mettre le pied à l’étrier donc je suis très content de l’aider à sortir et puis il faut être honnête, dans un film d’animation il n’y a pas un acteur pour incarner les personnages. On a des gens qui prêtent leur voix mais on ne peut pas les convoquer pour présenter le film. Il faut donner de sa personne, mon rôle de réalisateur c’est de pallier à cela.

 Les scolaires de Portivechju on fait un véritable triomphe à votre film ?

Je ne m’en rends par bien compte, mais c’est vrai que je les ai trouvés très enthousiastes. C’est la première fois que j’avais des scolaires en nombre comme cela. J’ai trouvé cela très touchant. On était là avec des primaires alors que l’on pensait que cela s’adressait plus à un public de collégiens, mais finalement non. C’est assez chouette.

On a une vraie charge émotionnelle sur ce film ?

Oui, en fait je voulais parler d’une relation père-fils qui me plaisait bien, tout en évitant d’y aller à coups de violons, de sentimentaliste. Je voulais que cette émotion soit sincère et travaillée au corps dans l’écriture des personnages dans le geste des personnages dans leur intonation et dans leur design aussi. En évitant toujours d’être dans les postures et dans des caricatures. C’est un enfant qui est chétif mais en même temps courageux, il prend des initiatives mais il est aussi passif un temps en raison de ce corset. Tous les personnages sont créés comme cela. Tout cela fait qu’il y a une émotion qui est puissante

C’est aussi un hommage au monde agricole. Est ce qu’en trois ans, temps de la création du film, votre projet a évolué dans ce sens-là ou bien était-ce déjà arrêté ?

C’était déjà arrêté et c’était même très présent car cela étouffait le personnage de Christophe et son histoire. J’ai dû me séparer de beaucoup de séquences, mais pas à regret car elles déportaient cette histoire intime de Christophe. L’émotion marche aussi car on est presque tout le temps du point de vue de Christophe, et à la fin je m’autorise quelques petites saillies vers le père. L’histoire agricole c’était le bon équilibre et c’est vraiment la grande histoire dans le fond, dans le lointain autour de l’histoire plus intime de cet enfant et de sa famille

Vous avez dit : « Il n’y aura pas de Corset II », mais avez-vous déjà des idées de ce que vous allez faire ?

Oui, avant Le Corset j’étais parti sur un film avec un scénario que j’ai co-écrit avec Christophe Turpin, plus une comédie. C’est un super scénariste de ce que l’on appelle la comédie fantastique et donc on a travaillé sur une histoire en animation plus 3D avec des animaux. Ce sera très chouette et très drôle. Ensuite fort du succès du Corset j’aimerais bien développer un projet qui reviendrait à de l’animation en deux dimensions. Mais cela c’est pour après.

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