À l’évidence il fallait bien cela, hier soir, pour mettre un terme à cette première édition de Piazz’à U Filmu. Il fallait une salle rouge comble pour assister au spectacle de ce monstre sacré qu’est Fabrice Luchini.

Le bretteur du Verbe, dans un seul en scène de très haute volée, a su mettre un point final à cette édition initiale qui fera date. Une heure trente où Fabrice Luchini a fait passer le public par toutes les émotions avec cet hommage à Victor Hugo décliné sur tous les tons, de la poésie à la prose. Une performance à la hauteur du comédien qui a su jouer avec son auditoire. Véritablement un moment suspendu où tour à tour il a caressé les mots et les a brandi comme des étendards. Chapeau bas Monsieur Luchini
La salle rouge où tout avait commencé jeudi après-midi avec une première projection du Corset de Louis Clichy, pour les scolaires, et où tout a pris fin hier en soirée par le seul en scène de Fabrice Luchini. La boucle était bouclée mais il demeure que ces quatre jours de Piazz’à U Filmu ont été l’occasion de célébrer l’art dans toute sa diversité, le 7e bien-sûr, mais aussi la musique, la littérature, les jeux vidéo.
Avant-premières, tables rondes, masterclass, concerts, cinéma patrimonial, un programme divers et varié pour tous les âges et toutes les passions. Les temps forts ont été nombreux et les rencontres enrichissantes à l’image de Camélia Jordana, Louis Clichy, Valéria Bruni-Tedeschi et tant d’autres.
Piazz’à U Filmu, premier du nom a vécu mais il est une certitude que cette manifestation va grandir et s’inscrire durablement dans le paysage culturel, au-delà même de la Corse.
Fabrice Luchini: « Victor Hugo c’est une star »
Hier soir dans la salle rouge, Fabrice Luchini a présenté le film Victor Comme Tout le Monde mais aussi son seul en scène, où il lit Victor Hugo. Une présentation ciselée dont Fabrice Luchini a le secret avec la force du Verbe qui le caractérise. Une présentation véritable spectacle à elle seule.
Fabrice Luchini, vous présentez Victor Comme Tout le Monde, de Pascal Bonitzer dont le scénario a été écrit par Sophie Fillières qui nous a quittés et pour laquelle nous avons une pensée, avec un personnage Robert Zucchini régi par la littérature notamment l’œuvre de Victor Hugo. Parfois cela lui permet de créer du lien et parfois cela le tient à distance. Hugo disait: » le souvenir c’est la présence invisible ». Pourriez vous faire vôtre cette formule pour évoquer le lien avec les auteurs qui vous sont chers ?
Je n’ai pas la prétention de ramener à moi, les intuitions extraordinaires de Victor Hugo qui est une sorte de génie de richesse mais souvent quand je rencontre des gens qui ont perdu quelqu’un je n’ai pas grand-chose à leur dire si ce n’est la merveilleuse phrase de Victor Hugo: « le souvenir c’est la présence invisible ». Le film que vous allez voir c’est un peu la suite, ou c’est un peu les coulisses de mon travail depuis trois, quatre ans sur Victor Hugo. Je ne pensais pas que le spectacle que je vais jouer ce soir allait prendre cette proportion. Je l’ai commencé dans une salle très petite en étant persuadé que l’émotion, la tragédie de la vie de Victor Hugo n’allait pas avoir le même effet que mes autres spectacles où j’alternais, quand même, beaucoup de moments drôle, ou tout du moins dans l’espoir d’être drôle, de la littérature. Le spectacle sur Victor Hugo est beaucoup plus rigoureux et étonnement il a tellement marché qu’ils ont voulu en faire un film.

Victor Hugo un immense auteur qui est encore aujourd’hui étudié, adapté au cinéma, au théâtre et qui a une résonance contemporaine assez significative, qu’est-ce qui le distingue des autres grands auteurs ?
La puissance de l’effet sur le public. C’est un écrivain qui n’est pas du tout dans le quant à soi. Il n’est pas snob, Victor Hugo est efficace, il est une incarnation de la vitalité, de la naïveté aussi, il n’est pas cynique, mais il est génial. Il est génial dans des livres comme Choses Vues, qui est le journal intime de sa vie. Il est prodigieux dans les poèmes des Contemplations, il est étonnant dans les pièces comme Ruy Blas. Il y a une variété étonnante avec un point commun la puissance d’effet qu’il a sur le public. Si j’avais fait un spectacle sur Mallarmé, c’est un grand poète, mais qui n’a pas cette puissance publique, cela n’aurait pas été pareil. Victor Hugo c’est une star.
Un mot sur votre métier de comédien. Vous avez été formé notamment par Jean-Laurent Cochet qui est un immense professeur de théâtre qui avait pour singularité de travailler sur l’emploi de comédiens à la différence d’autres enseignements et qui avait un attachement particulier aux fables de La Fontaine ?
La Fontaine n’a rien à voir avec Hugo. Quand on est confronté à La Fontaine parce que c’est tellement écrit, c’est tellement un style à part que si l’acteur se soumet à cette structure de diction, à cette structure de narration il aura plus de facilité à affronter les dialogues assez débiles de notre époque contemporaine, car il y a chez La Fontaine une immense difficulté.