Didier Rey : « la Résistance, un moment important de l’histoire de la Corse »

Dans le cadre du cycle de conférences, de projections et de rencontres sur le thème de la Résistance entre Corse et Italie proposé par l’association Cinémotion, Didier Rey interviendra ce week-end à la Cinémathèque*.

L’enseignant chercheur a évoqué, en amont de ses interventions, la Résistance dans la Péninsule italienne (samedi 18h) et bien entendu dans l’extrême sud de la Corse (dimanche à 17h30).

Didier Rey dans cette séance dédiée au cinéma et à la résistance, votre intervention sur la résistance en Italie nous rappelle que même dans les pays de l’Axe certains se sont élevés contre les dictateurs. Comment et partir de quand s’est elle organisée ?

En fait, la Résistance commence dès la prise du pouvoir par les fascistes, en 1922, suivie de l’instauration de la dictature, en 1925. En Italie même, les opposants sont sévèrement réprimés, dès lors ils doivent fuir à l’étranger, en France notamment avec, parfois un crochet par la Corse, à l’image de l’un des futurs présidents de la République, Sandro Pertini (1978-1985). Avec l’entrée en guerre de l’Italie, le 10 juin 1940, et surtout après l’armistice de septembre 1943, le retour en Italie devient possible, soit dans la clandestinité, au nord occupé par les Nazis et où Mussolini se trouve à la tête d’un État fantoche, la Repubblica Sociale Italiana (RSI), soit au sud, où s’est réfugié le gouvernement royal sous la protection anglo-américaine. La résistance est diverse dans ses composantes (Libéraux, Catholiques, Communistes, Socialistes etc.) et de nombreux maquis voient le jour au nord, coordonnés par le Comitato di Liberazione Nazionale Alta Italia, avec l’accord du Comitato di Liberazione Nazionale. Cette résistance présente un triple visage : celui d’une guerre civile (antifascistes contre fascistes), celui d’une guerre de libération nationale et celui d’un affrontement de classe.

Un personnage comme Antonio Gramsci, l’un des fondateurs du PCI y occupe une place à part même s’il est décédé en amont de la Seconde Guerre Mondiale ?

La Résistance au fascisme occupe une place centrale dans la pensée et l’action d’Antonio Gramsci. Pour lui, le fascisme n’est pas seulement une dictature politique, mais l’expression d’un bloc social réactionnaire qu’il faut combattre par une organisation autonome de la classe ouvrière et une nouvelle hégémonie culturelle. Gramsci défend l’unité des forces populaires et la construction d’un parti discipliné et enraciné dans les masses pour affronter le régime. Il est arrêté et emprisonné en 1926, c’est à ce moment-là qu’il poursuit sa lutte par l’écriture avec ses fameux Quaderni del carcere. Sa résistance est donc à la fois politique, intellectuelle et morale. En 1934, suite à une grave détérioration de son état de santé, il obtient la libération conditionnelle et est admis dans une clinique à Rome, où il meurt en 1937 des suites d’une hémorragie cérébrale.

La Résistance prend racine assez rapidement, dès l’été 1940 dans l’Alta Rocca

Pour en revenir à la résistance dans l’extrême sud de la Corse, comment a-t-elle vu le jour et a-t-elle attendu le débarquement des plus de 80.000 Italiens en novembre 1942 ?

Non, la Résistance prend racine assez rapidement, dès l’été 1940 dans l’Alta Rocca par exemple. L’italophobie et la dissipation des illusions pétainistes entrainent rapidement un sentiment anglophile et gaulliste, alors que, en 1941, apparait le Front national d’obédience communiste. Ce dernier sera bientôt hégémonique. Si, au début, les résistants diffusent des tracts et peignent nuitamment des slogans sur les murs, très vite, après l’arrivée des troupes d’occupation italiennes, le 11 novembre 1942, ils passent à l’action armée clandestine ; au mitan de l’année 1943, on estime à 2 000 les hommes qui tiennent le maquis dans toute la Corse. La répression italienne est dure et impitoyable, qu’il suffise d’évoquer les noms de Jean Nicoli et de Fred Scamaroni, torturés et assassinés par les fascistes. Le 9 septembre 1943, le Front national déclenche l’insurrection générale. Mais aux Italiens, du moins ceux qui n’ont pas changé de camp, s’ajoutent les Allemands venus de Sardaigne.

Quels ont été ses principaux faits d’armes ? 

Il suffit d’emprunter la route qui va de Murateddu à Zonza en passant par le tunnel d’Usciolu, le col de Bacinu et Livia, pour s’en rendre compte. Sans oublier les combats de l’Ospedale, le 10 septembre et les jours suivants, ceux autour de Conca les 11 et 12 septembre, ceux entre le pont de Figari et Scopetto le 13, la libération de Zonza, le 16 septembre etc….

Au plan politique quelle était la coloration de la résistance dans l’extrême sud ?

Le Front National y était largement dominant, mais il y avait également le maquis du commandant Pietri, qui se voulait apolitique avec une ossature composée de militaires de carrière.

*L’historien Sylvain Gregori animera une conférence sur la Résistance en Corse ce vendredi à 19h à la Cinémathèque.

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