Colloque TERINT : « comment mobilise-t-on la donnée pour aider à la gouvernance ? »

Ancienne adjointe à la culture di a Cumuna di Portivechju, lors de la précédente mandature, ayant eu dès 2023 en charge le projet LIÀ, Dumenica Verdoni, professeur des Universités, présidente du Comité Scientifique du Colloque TERINT a évoqué l’importance de cette troisième édition qui a commencé ce mercredi dans la salle rouge

Le projet LIÀ, porté par la Commune de Portivechju  au sein d’un consortium comprenant l’Università di Corsica Pasquale Paoli, le SDE2A, et la Communauté de Communes du Sud Corse, est bien sûr au centre de toutes les attentions mais la diversité des thèmes abordés et des intervenants permet de mieux saisir l’importance de la gouvernance par la donnée au-delà même des limites insulaires.

Dumenica Verdoni vous êtes à l’initiative du projet LIÀ avec l’Università di Corsica et la commune de Portivechju, en quoi aujourd’hui ce troisième colloque TERINT est important et que va-t-il apporter ?
« C’était donc le bon moment pour confronter l’état de l’art en science et les avancées de terrain, et puis aussi les obstacles, les blocages, les difficultés que l’on peut rencontrer »

« Pour nous c’est une vraie étape, car le dépôt du projet remonte à 2023, puis en 2024 la Commune de Portivechju a été lauréate et cela va durer jusqu’en 2027. Nous sommes pratiquement à mi-parcours et il était donc bien de faire une pause pour justement vérifier entre guillemets que les acteurs à la fois politique, car la Commune de Portivechju est cheffe de projet, et les acteurs scientifiques plus les acteurs techniques étaient bien « synchros ». C’était donc le bon moment pour confronter l’état de l’art en science et les avancées de terrain, et puis aussi les obstacles, les blocages, les difficultés que l’on peut rencontrer, qui sont moins d’ordre technique aujourd’hui, que des obstacles humains liés à la formation et puis aussi de collaboration entre des institutions. Cela n’est pas si facile y compris d’ailleurs entre institutions ou acteurs politiques où l’on voit que cela demeure en silo. Cette difficulté, il faut aujourd’hui mieux l’observer et mieux en démonter le mécanisme car on ne l’a pas suffisamment mesuré. Aujourd’hui la question du Colloque c’est comment on mobilise la donnée pour de l’aide à la gouvernance. Cette gouvernance il faut en observer sans doute mieux les fonctionnements pour trouver la porte d’entrée pour que les acteurs politiques, où l’on reste souvent en silo sur la gouvernance des territoires et économiques, qui seront certainement beaucoup plus rapides car il y a un intérêt à avoir des mesures économiques de flux, de fréquentation notamment sur un territoire confronté à une activité touristique, travaillent de concert. Ce Colloque permet de poser la question de savoir quand on met en place ce genre de projet, on le fait à l’échelle communale intercommunale à l’échelle régionale ? Tout cela pour savoir à quel niveau se situe la meilleure efficacité de ce type d’infrastructure »

Eugène Gherardi, représentant le président de l’Università di Corsica, lors de l’ouverture du Colloque a dit: « un territoire ne se limite pas à ce que l’on mesure » ?

« Mesurer que ce soit au plan informatique, économique ou bien géographique c’est pour gérer. Mais on a des difficultés de gestion car tout ne se mesure pas. Le rapport au territoire c’est quelque chose qui est censé aujourd’hui avoir besoin d’observations car la donnée va être sollicitée, in fine, dans l’usage dans ce qu’elle peut mesurer, anticiper dans ce qu’elle peut nous alerter. La donnée c’est aussi comment on constitue cette observation, ce peut être des enquêtes. A mon sens la toponymie fait partie des données d’observation  du territoire qui permet d’avoir des informations sur ses ressources. La vrai enjeu à un moment donné entre les ressources d’un territoire et un modèle développementaliste est de savoir où on place le curseur. L’infrastructure numérique nous aide à mieux placer le curseur, mais les ressources d’un territoire, leur poids historique, leur dimension culturelle, leurs interactions humaines c’est évidemment  un ensemble de données qui ne sont ni chiffrées, ni mesurées, mais qui appartiennent aux sciences humaines et sociales d’où leur interaction. Pour reprendre l’exemple de la toponymie, les décideurs, les acteurs ignorent la richesse d’informations  qui résident dans la toponymie qui dit un territoire. Ce sont aussi des données de bon sens, il ne faut pas le perdre de vue. On ne pilote pas un territoire derrière un écran, ce n’est pas vrai. Cela aide et permet de ne pas être seulement au doigt mouillé mais il y a une vraie réalité liée aux acteurs de terrain »

Aujourd’hui gouverner un territoire par la donnée va sans nul doute prendre un sens encore plus accru au regard du contexte international très tendu ?
« Le plus intéressant dans la gestion par la donnée c’est la capacité d’anticiper les chocs, le vrai enjeu est là. »

Le plus intéressant dans la gestion par la donnée c’est la capacité d’anticiper les chocs, le vrai enjeu est là. Cela permet une réponse plus adaptée, voire d’éviter les chocs. Je préfère le terme de résistance au terme de résilience. La résistance a une capacité à anticiper et une capacité à durer, alors que la résilience est une réponse à une situation. La donnée fait partie de l’équation pour résoudre un certain nombre de contextes compliqués au plan géopolitique, mais après les acteurs politiques et économiques ne sont pas tous rationnels.

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